Les articles

68 CRITIQUE, Merci à Brigitte Fontaine

Ajouté le 27/03/2008 - Auteur : alentours
Comme à la Radio
 
Ce sera tout à fait comme à la radio, Ce ne sera rien. Rien que de la musique. Ce ne sera rien.  
Rien que des mots des mots  des mots. Comme à la radio.
 Ca ne dérangera pas . Ca n'empêchera pas de jouer aux cartes. 
Ca n'empêchera pas de dormir sur l'autoroute. Ca n'empêchera pas de parler d'argent. 
N’ayez pas peur. Ce sera tout à fait comme à la radio.
 Ce ne sera rien.  Juste pour faire du bruit. Le silence est atroce. 
Quelque chose est atroce aussi. Entre les deux c'est la radio. Tout juste un peu de bruit pour combler le silence. 
Tout juste un peu de bruit . N'ayez pas peur. Ce sera tout à fait comme a là radio
 
A cette minute, des milliers de chats se feront écraser sur les routes; 
à cette minute, un médecin alcoolique jurera au dessus du corps d'une jeune fille 
et il dira "elle ne va pas me claquer entre les doigts la garce"; 
à cette minute, cinq vieilles dans un jardin public entameront la question de savoir s'il est moins vingt ou moins cinq; 
à cette minute des milliers et des milliers de gens penseront que la vie est horrible et ils pleureront; 
à cette minute, deux policiers entreront dans une ambulance et ils jetteront dans la rivière un jeune homme blessé à la tête; 
à cette minute un espagnol sera bien content d'avoir trouvé du travail.
 

Il fait froid dans le monde.

Ca commence à se savoir 
Et il y a des incendies qui s'allument  dans certains endroits parce qu'il fait trop froid.
Traducteur, traduisez
 Mais N'ayez pas peur . 
On sait ce que c'est que la radio. Il ne peut rien s'y passer.  
Rien ne peut avoir d'importance. Ce n'est rien. Ce n'était rien.  
Juste pour faire du bruit.  Juste de la musique.  
Juste des mots des mots des mots des mots.  
Tout juste un peu de bruit. Tout juste un peu de bruit.
Comme à la radio
 

Texte écrit, dit et chanté par Brigitte Fontaine

Musique de l’Art Ensemble of Chicago  ( aux alentours de 1968)

ETAT CRITIQUE SUR LES CONSOMMATEURS

Ajouté le 27/03/2008 - Auteur : alentours
60 millions de consommateurs. Mais aussi de salariés !
L'enquête de 60 millions de consommateurs sur la hausse des prix permet au gouvernement de pointer le doigt en direction de bouc-émissaires, producteurs ou distributeurs, plutôt que d'envisager une action sur les salaires qui seule, peut faire face à la hausse des matières premières.
Le lait subit un « tsunami », les yaourts sont « en ébullition » et les spaghettis « bondissent »… l'article paru dans le numéro de mars du magazine 60 millions de consommateurs retrace la hausse des prix comme une véritable catastrophe naturelle. Et face à cette tornade qui balaye tous les autres sujets d'actualité sur son passage, le gouvernement mise sur le « coup de poing », violente métaphore du Premier ministre qui s'en va rejoindre les « chocs de croissance » et « chocs de confiance » du début du quinquennat. Détail significatif : on retrouve le terme de « choc d'offre », non pas dans la communication gouvernementale mais dans le communiqué de presse du secrétaire national de l'UMP en chargé du pouvoir d'achat.
Ce rapprochement est d'ailleurs révélateur d'une chose : la « riposte » que le gouvernement se propose de mettre en place est en cohérence avec la logique du « paquet pouvoir d'achat », cœur de la politique de relance du Président. Face aux problèmes des salaires, le candidat élu par la droite dit : « travaillez plus pour gagner plus » et renvoie dos à dos patrons et salariés. Face au problème de la hausse des prix des denrées alimentaires, Fillon répond : « négociez plus pour coûter moins » et renvoie dos à dos producteurs et distributeurs. Les deux logiques se rejoignant dans un même objectif : ne pas toucher aux salaires.
La grande distribution, symbole haï de la vie chère
Dans cette démarche de responsabilisation, les propositions du Premier ministre poursuivent une logique de recherche du coupable : le 10 mars est promis le premier rapport de « l'observatoire des prix et des marges », créé en novembre 2007 suite à une réunion entre le président actuel et les patrons de la grande distribution à l'Elysée. Si l'on en croit l'article qui ouvre le dossier de 60 millions de consommateurs, cette réunion n'a pas été une franche réussite sur la négociation des prix.
Oui, mais voilà : il faut faire une « enquête » ! Une autorité de la concurrence va venir renforcer les rangs des organismes de contrôle : ne laissez plus vos supermarchés en liberté, ce sont des dangers publics ! On verse dans le faits divers… à dessin. Il est étonnant en effet de voir cette condamnation unilatérale se fonde sur une enquête dont la légitimité est déjà remise en cause dans tous les titres de presse. L'argument est d'ailleurs loin d'être ridicule : ce dossier a été réalisé (pour des raisons pratiques) à partir des sites Internet des enseignes épinglées. Et puis qui, sinon les responsables politiques de ce pays, gauche et droite réunis, ont brisé, depuis vingt-cinq ans, tous les mécanismes de contrôle des prix autrefois en vigueur, au nom de la liberté du commerce ? Qui refuse tout encadrement des prix, tolérant à peine celui en vigueur dans la pharmacie ou le livre ?
A la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution, on serre les dents. « La grande distribution, c'est le symbole de la baisse du pouvoir d'achat, y explique-t-on. Depuis que ce sujet a pris de l'ampleur, les hypermarchés et leurs pratiques sont devenus l'objet de tous les fantasmes. » Les théories des économistes divergent cependant sur la véritable raison de la hausse des prix, la grande distribution n'étant que le dernier intermédiaire entre le producteur et le consommateur. Sur cette question, Fillon répond par l'assouplissement des conditions de négociations entre producteurs et distributeurs en poursuivant le processus entamé avec la loi Chatel votée en janvier 2008. Les patrons sont sains et saufs…
« Le temps de l'augmentation des salaires est arrivé ! »
Mais les employés pas vraiment ! Car le mouvement d'augmentation du prix des denrées alimentaires de base (principalement le blé et le lait), ainsi que celui du pétrole qui pèse sur le transport, n'est pas un épisode mais bien une tendance lourde au niveau mondial. Ainsi, comme le notait d'ailleurs l'enquête, si les chiffres chocs se concentraient sur quelques dizaines de « produits martyrs » ayant augmenté de plus de 10% en trois mois, il s'agissait de produit de marque ou d'enseigne fortement transformés, packagés et marketés. Autrement dit, le poids des matières premières dans leur prix demeurait minoritaire. Les « premiers prix » en revanche réduisent tous ces postes à leur portion congrue et la part des matières premières dans le prix final est d'autant plus élevé. De fait, le prix de ces produits a également monté, handicapant dans leur pouvoir d'achat les foyers les plus modestes en priorité. Retour à la case salaire !
En outre, la désignation des producteurs ou - plus rarement - des distributeurs comme bouc-émissaires de l'inflation est une impasse : ces usines qui fabriquent des produits ou ces hypermarchés qui les commercialisent emploient des salariés. En exigeant d'eux qu'ils n'augmentent pas leurs prix, on leur fournit d'excellents arguments pour continuer, dans l'industrie, à sous-payer les ouvriers ou à délocaliser et, dans la grande distribution, à maintenir les salaires souvent inférieurs à 1000 € des caissières, comme l'ont rappelé les conflits récents dans ce secteur d'activité. Et Jean-Paul Fitoussi, président de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) que la baisse des prix aggrave les inégalités sociales préexistantes. « Nous ne sommes plus dans les années 1970 où l'inflation était perçue comme une bonne chose car elle menait mécaniquement à une augmentation des salaires, développait-il. Cette inflation est structurelle et il est préférable de ne pas la combattre, et de conclure, le temps de l'augmentation des salaires est arrivé ! »
Voilà un bel appel, repris depuis le 20 février dernier par la Confédération européenne des syndicats, qui vient de lancer une campagne dans toute l'Union sur la question des salaires contre les patrons et les gouvernements qui utilisent « trop librement la baisse salariale comme seule variable d'ajustement. »
 

ETAT CRITIQUE sur les ZEP

Ajouté le 27/03/2008 - Auteur : alentours
 
 
Voici un courrier d'un Principal de collège qui a décidé d'informer sur le sort réservé aux collèges "Ambition-Réussite" qui ont remplacé les Zones d'Education Prioritaire.

Bonsoir,

J'occupe depuis cette rentrée la fonction de Principal d'un Collège dit "difficile", classé "Ambition Réussite". 82% des élèves sont issus de catégories socio-professionnelles très défavorisées. Un Collège ghetto, avec ses problèmes quotidiens, et les problèmes de violence dans le quartier.
Je suis très fier d'avoir travaillé pendant plusieurs années à Meaux, puis dans la banlieue de Lyon pendant 4 ans, et aujourd'hui ailleurs dans le Rhône. Fier d'être fonctionnaire de la République, d'assumer cette mission de service public tant décriée.

Ce soir, ma fierté m'a abandonné. J'ai honte. J'ai surtout honte de devoir affronter le regard des professeurs, des surveillants, des partenaires extérieurs, des parents d'élèves et des élèves.

Vous vous souvenez tous de la promesse de notre président de la République pour ne pas laisser les "orphelins de 16 heures" à la rue ?

Vous vous souvenez des annonces de M. Darcos, Ministre de l'Education nationale, à propos de la mise en place de l'accompagnement éducatif, ce dispositif devant accueillir tous les collégiens de 16 heures à 18 heures ?

La circulaire a paru au journal officiel le 13 juillet 2007. Je l'ai découverte en détails au moment même où je prenais mes fonctions au Collège X fin août, comme tous mes autres collègues Principaux de Collèges en Education prioritaire (près de 1500 Collèges dans toute la France).

Je me suis mis en quatre pour mettre en place ce dispositif, car je suis un fonctionnaire responsable. J'ai mis mes opinions de citoyen dans ma poche, et j'ai tout fait pour que ce dispositif soit un succès.

Je rappelle à tous que cet accompagnement éducatif devait concerner les élèves volontaires, encadrés par des enseignants volontaires.

Sur 365 élèves, j'ai réussi à en convaincre 225 : 61,5 % de l'effectif total. La moyenne dans le Rhône tourne autour de 28 %.

Sur 47 enseignants, j'en ai convaincu 29. Je suis allé solliciter la MJC du quartier pour mettre en place un atelier de danse urbaine. J'ai sollicité le Centre social pour mettre conjointement en place l'aide aux devoirs, 3 fois par semaine. 100 % des élèves de 6ème étaient inscrits à cette dernière action. J'ai sollicité une compagnie artistique pour mettre en place un atelier d'écriture. Les professeurs ont ensuite proposé un atelier de sciences physiques, un club journal des collégiens, une activité escalade, trois groupes de soutien en mathématiques, deux groupes de soutien en français. J'étais en pourparlers avec un club d'échecs et un autre de rugby pour enrichir l'offre.

J'ai même réussi à débaucher un danseur de la maison de la danse, qui vient de partir pour le cirque du soleil à Las Vegas....Tout cela a bien sûr un coût. Vous vous en doutez.

L'Inspection académique et le Rectorat nous ont transmis courant octobre 2007 une enveloppe d'heures pour les professeurs et les intervenants extérieurs (pour ces derniers, ces heures devaient être transformées en vacations, payées 15 € de l'heure).

Je disposais de 1476 heures. C'est à partir de cette enveloppe que je n'avais pas demandé que j'ai construit mon offre. J'ai informé les parents d'élèves, et le 12 novembre, les actions se sont mises en place. L'aide aux devoirs avait commencé dès le 20 septembre. Les élèves étaient pour la plus part d'entre eux très heureux. Début décembre, j'ai mis en paiement auprès du Rectorat les heures effectuées en septembre, octobre et novembre : 398 heures.

Cet après-midi, mardi 29 janvier 2008, réunion officielle à l'Inspection académique. L'inspecteur d'Académie préside la réunion, flanqué de ses deux adjoints et de deux chefs de service. Configuration inhabituelle. Curiosité puis inquiétude.

L'Inspecteur d'Académie ne le dit pas explicitement, car nous sommes tous soumis au même devoir de réserve. "Le dispositif n'est pas supprimé, mais on a réduit la voilure". On a seulement supprimé les heures pour le faire fonctionner. Au lieu des 1476 heures, je n'en ai plus que 397 pour terminer l'année scolaire. Cela vient directement du Ministère. C'est identique dans toutes les Académies, l'Inspecteur d'Académie nous l'a confirmé, comme s'il voulait nous consoler. Tous mes collègues sont dans la même stupeur (40 Principaux de Collège abasourdis).

J'ai dépensé 1 heure de plus que ce à quoi j'ai droit. Et les heures effectuées en décembre et en janvier ne sont pour l'instant pas honorées (j'ai compté 221 heures pour ces 2 mois). Je n'en ai plus les moyens. C'est noble le bénévolat, mais, là, on atteint des limites...

Concrètement, dès lundi prochain, 4 février 2008, toutes les actions décrites ci-dessus s'arrêteront, faute de moyens. Je ne vous fais pas de dessin.

Oui, j'ai honte ce soir. Honte pour les élèves. Honte pour les parents d'élèves. Honte pour les profs. Honte pour les partenaires extérieurs. Je ne sais toujours pas comment je vais leur annoncer la chose.

Merci M. Sarkozy pour vos promesses péremptoires. Merci M. Darcos pour avoir démontré la crédibilité du système éducatif français.

Bonsoir les amis, vive la République. Ce message est un envoi en nombre que je vous fais. Veuillez m'excuser si vous avez déjà reçu cette information.
Je vous encourage à le diffuser autour de vous. Vous pouvez utiliser le même mode de diffusion par votre messagerie à destination de votre carnet d'adresses.
 
Bernard Étrillard
06 82 93 89 27
 
 
2 commentaires - Voir | Rédiger

ETAT CRITIQUE sur les Salaires

Ajouté le 27/03/2008 - Auteur : alentours
Augmenter les salaires, une urgence économique
Chronique de Liêm Hoang-Ngoc, Maître de conférences à l'Université de Paris I.
La baisse du pouvoir d'achat est-elle une illusion ?
Elle est en tout cas la préoccupation n°1 des Français. A l'heure où les prix flambent et où les entreprises cotées font des bénéfices records, les conflits sur les salaires réapparaissent même dans le secteur privé. Le MEDEF n'a pourtant de cesse de répéter que la baisse du pouvoir d'achat n'est pas réelle mais ressentie.
Alors qui croire ? Bernard Marris a rappelé vendredi dernier que le revenu salarial net moyen calculé par l'INSEE avait stagné de 1978 à 2002 et qu'il a baissé depuis cinq ans. Si l'on tient compte de l'inflation, en moyenne de 2% par an, le pouvoir d'achat d'une grande partie de la population a donc bel et bien été entamé depuis trente ans, d'autant plus que le poids du logement est sous-estimé dans l'indice des prix. Celui-ci considère que les dépenses de logement représentent seulement 14% du budget d'un ménage, alors qu'en réalité, ce chiffre approche parfois la moitié du revenu !
De plus, on sait maintenant que les prix dans la grande distribution ont grimpé de 29% depuis le passage à l'euro et que certains produits de consommation courante ont encore augmenté de près de 40% depuis trois mois !
Le pouvoir d'achat a-t-il baissé pour tout le monde ? Au cours de ces dix dernières années, le revenu déclaré des 5% des contribuables français les plus riches a augmenté de 11%. Le revenu des 1% les plus aisés a augmenté de 19,4% et celui des 0,1% les plus fortunés de 32%. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que la croissance française soit exclusivement tributaire de la consommation et de la spéculation des classes aisées.
Quant à ceux qui se lèvent tôt, les réformes structurelles de la protection sociale et du marché du travail aggraveront leurs situations, déjà difficiles. La moitié de la population gagne moins de 1480 euros par mois; 17% des salariés sont au SMIC et 7 millions de pauvres vivent avec moins de 718 euros par mois. Les classes moyennes ne sont plus épargnées. Alors que la France subit une panne d'investissement, la baisse du pouvoir d'achat des classes populaires accentuera encore le repli de la croissance, qui sera inférieure aux hypothèses sur lesquelles la loi de finance a été construite. Les déficits se creuseront donc à nouveaux inutilement.
Par conséquent, la hausse des salaires est non seulement une urgence sociale. Elle aussi devenue une nécessité macroéconomique. La situation va-t-elle s'arranger en 2008 ? Pas vraiment. Le gouvernement projetait d'augmenter la TVA. Il faudrait la baisser. Les salariés du public vont encore perdre du pouvoir d'achat. Leurs salaires n'augmenteront que de 0,5% en mars et de 0,3% en octobre, soit 0,56% en moyenne annuelle alors que le niveau général des prix flirte avec les 3% et que certains produits flambent. Ces piètres augmentations serviront de référence dans le privé où les syndicats affaiblis n'obtiendront guère mieux. Toutefois, la dégradation des salaires est telle que certaines entreprises, face à la résurgence de conflits, commencent à renouer avec la bonne vieille augmentation générale indexée sur l'inflation et les gains de productivité.
Le dicton du jour : « La feuille de paie n'est pas l'ennemie de l'emploi », c'était de Jacques Chirac en avril 1995.

ETAT CRITIQUE sur les Pauvres Cons

Ajouté le 27/03/2008 - Auteur : alentours
Lettre d'un pauvre con inquiet à M. le Président de la République

Décidément, je ne peux pas vous laisser seul cinq minutes sans que vous fassiez une c…! Cette fois-ci, c'est au Salon de l'Agriculture, là où ça  sent mauvais, et où y'a des bouseux déguisés en Jacquou le croquant. Vous approchant d'un petit vieux qui ne vous demandait rien, vous vous êtes mis en tête de le palper, comme vous le feriez avec le cul d'une vache. Réaction du papy : 'Me touche pas'. On a vu alors vos yeux ribouler, votre bouche se crisper, avant de lâcher cette phrase qui vous suivra longtemps après votre règne : 'Casse-toi, pauvre con '
En voyant les images, j'ai éprouvé une peine immense. Pour le grabataire, d'abord, qui si ça se trouve est bardé de diplômes et en sait plus que vous en physique quantique, et donc n'est pas forcément un con, qu'en savez-vous ? Et surtout pour vous qui une fois de plus, vous êtes
abandonné. 'Pauvre con'... Comment doit-on traduire en langage normal: 'crétin du peuple sans le sou qui ne me mérite pas' ?
Manifestement, le mot vous plaît. Vous l'aviez déjà employé la nuit du Fouquet's à l'égard de la présidente du Medef, puis envers votre féal Martinon-non. Mais ceux-là après tout, se sont mis carpette pour vous plaire, et ils n'ont reçu que la monnaie de leur pièce.
Le con du Salon est d'un autre métal. Il ne s'agissait que d'un Français lambda, que vous êtes sensé représenter, un visiteur qui avait acheté son ticket, dont on ne sait rien, sinon qu'il n'avait pas envie d'être papouillé par vous. On ne saurait le lui reprocher. Où sont votre détachement, votre sens de l'humour, votre hauteur de vue, qui devraient imprégner votre fonction ? Vous nous faites regretter votre prédécesseur qui lorsqu'on le traitait en public de connard, répondait : 'Enchanté, moi, c'est Jacques Chirac.'
Comment allez-vous justifier dorénavant que dans les écoles, on enseigne les notions qu'officiellement vous prônez ? Le respect de l'autre, la morale, le savoir vivre. A propos de savoir vivre, les images, toujours ces putains d'images, vous montraient l'autre jour dans une salle de classe, faisant mine d'écouter une institutrice. Vous aviez l'air, comme d'habitude, de vous emmerder ; pire vous aviez les mains dans les poches. Tu parles d'un respect... D'un autre côté, ça aurait pu être pire, au moins vous n'envoyiez pas des SMS, comme lors de votre visite dans un pays du Golfe, devant le Souverain local médusé.
M. le Président, vous êtes un mal élevé et vous vous comportez comme un sale gosse pourri de fric. L'habit que vous avez revêtu l'année dernière est manifestement taillé trop grand pour vous. D'aucuns mettent même en doute vos facultés mentales, à partir de votre comportement : vos tics polymorphes, vos mouvements d'épaule, vos crispations faciales, votre visage sans cesse en sueur, votre regard fuyant, votre excitation de tous les instants. Si l'on ajoute votre insolence, votre perte de sang froid, et votre mégalomanie bling blingienne, que conclure ? Vous présentez tous les symptômes du cocaïnomane ; et Dieu sait que vous ne l'êtes pas. Mais votre attitude commence à être davantage du ressort des toubibs que  de celui des politiques.
Je vais trop loin, allez-vous me répondre. Le malheur veut que je ne sois pas le seul à croire tout ce que j'ai dit. Ce week-end, le quotidien espagnol El Pais a titré 'Sarkozy, ce grand malade'. Comment ne pas penser aux syndromes décrits dans le film 'Le fou de guerre' où Coluche joue le rôle d'un chef d'Etat devenu psychopathe ? Comment ne pas penser aux propos du philosophe Michel Onfray, que vous aviez rencontré peu avant votre élection, et qui vous avait décrit comme un splendide cas psychiatrique ? 'Il ne fait pas président ; il a un vrai problème de comportement', disait votre ancienne femme à votre propos. Elle vous a quitté, comme sont en train de le faire en masse les Français. Pauvre France, il ne lui manquait plus que ça.
Veuillez croire, M. le Président, en l'assurance des sentiments attristés d'un pauvre con. Un
de plus.
 
 
Par Dominique Padovani

DEVOIR DE MEMOIRE ? ETAT CRITIQUE ?

Ajouté le 27/03/2008 - Auteur : alentours
Le comité de rédaction d'"Il fait Froid dans le Monde, quand même" a décidé de publier ce texte qui, à son sens, est plus qu'une réponse aux projets de notre pays, mais aussi une piste de réflexions sur les questions cruciales de notre temps. Temps modernes ou temps obscurs ? A vous de parler et de nous dire votre sentiment.
" Voila que, non satisfait de la glissade morale effectuée sur la peau de banane Guy Môquet qu’il s’était à lui-même étendue comme carpette, Mr Sarkozy prétend « faire en sorte que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah ».
Ma fille sera en CM2 en 2013. Elle porte en elle, de par la grâce de ses parents, la mémoire de ces milliers d’enfants, français et non français, qui au long de l’histoire humaine furent déportés, séparés des leurs, rendus orphelins, esclaves, choses sexuelles, assassinés…sur les 5 continents. Et qui le sont encore. Elle porte en elle la mémoire future de ces enfants violemment séparés de leurs parents ou familles, ici, maintenant, en France devant ses yeux de fillette de 4 ans. Elle porte en elle en tant que future femme, citoyenne, lionne au combat, la mémoire de tous ces enfants qu’elle aura vus déportés de son supposé pays de cocagne vers des univers où ils disparaissent, de tous ces enfants qui n’ont pas d’enfance, en Palestine, au Liban,... de tous ces enfants marchandés cyniquement, au nom de l’enfance, au Tchad, ailleurs…
Ma fille porte en elle tout ceci parce qu’elle est vivante. Parce qu’elle a un papa et une maman vivants auprès d’elle. Qui animent son âme autant qu’ils le peuvent de toute l’actualité de leurs combats, à sa mesure de petite fille, en lui apprenant qu’il n’y a pas de différence, entre un enfant blanc et un noir, entre un enfant juif, catholique, sikh, musulman, bouddhiste, que tout enfant a droit au bonheur d’être enfant, dans la douceur de sa famille, les câlins, le jeu, les apprentissages.
Ma fille porte en elle tout cela, et elle ne se verra pas confiée par l’école la mémoire de l’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah. Ce travail, qui m’est dévolu en tant que parent, et qu’il n’appartient pas à mon sens au Président de la République de choisir de faire à ma place, je l’élabore dans le respect de mon enfant, et de ce qu’est notre famille.
Il n’y a pas que la Shoah, Mr. le Président. Maints massacres furent perpétrés, maintes mémoires furent et sont encore blessées qu’il vous semble vain d’honorer, maints enfants furent déportés et assassinés, dont vous semblez faire si peu de cas, en d’autres temps tout aussi atroces que celui de la Shoah. 
Quel est ce besoin que vous nous démontrez donc là, un besoin de repentance ? Ce mot que vous refusez à tout crin à ceux qui ne vous le demandent même pas, mais qui voudraient juste prononcer le mot de mémoire sans se faire éconduire ?
Qu’allez-vous donc faire dans cette galère ? Quel besoin de s’aplatir dans le vent d’une seule direction, sous les tapis du souvenir d’une seule victime ? Vous nous avez suffisament dit lorsque cela vous arrangeait que les enfants n’étaient pas comptables des fautes de leurs pères.
Ma fille ne se verra confier par vous la mémoire d’aucun enfant d’une seule confession, d’une seule déportation, d’un seul esclavage, d’un seul massacre.
Ma fille ne sera jamais l’objet de votre manipulation de l’histoire, de l’émotion, du drame humain au service de vos seuls biens et besoins personnels, politiques ou autres.
Elle ne croulera pas sous le poids de votre culpabilité ou de vos obédiences. Elle grandit libre dans sa connaissance de l’autre, des ses bonheurs et malheurs, grands et petits, auxquels nous désirons l’éveiller pour qu’elle puisse partager le poids, plus tard, avec ceux qui souffrent.
Mon enfant, nos enfants, grandissent à présent dans une France dont mes parents, humains généreux s’il en fut, auraient profondément honte . Si ma mère n’était pas morte, elle défilerait aujourd’hui du haut de ses 89 ans, pour vous faire savoir qu’il suffit. Qu’il suffit de l’outrager.
Qu’il suffit de choisir dans les souffrances humaines celles qu’il vous agrée d’honorer et celles qu’il vous indiffère d’ignorer. Quand ce n’est pas celles qu’il vous arrange de rejeter dans de lointaines poubelles.
Qu’il suffit de gesticuler, justifiant toutes les exactions de la France dans l’Ailleurs en ne supportant pas que l’Ailleurs vienne vivre dans la France.
Qu’il suffit de faire la leçon à des enseignants sur ce qu’il convient de faire partager d’histoire à leurs élèves, alors qu’ils nous font tous les jours partager, à nous parents, la fin de l’histoire d’une éducation nationale que vous rendez exangue.
Qu’il suffit de tuer les familles, je pèse mes mots, en envoyant vos sbires arracher les portes, arracher les affaires personnelles, arracher les êtres de leur travail, arracher les hommes de leur famille, arracher les mères de leurs enfants, ce que vous faites tous les jours, ici, en France.
Quand vous offrirez de la France un autre spectacle aux yeux de nos enfants.
Quand vous cesserez de nous mettre en deuil chaque matin de l’une des qualités d’accueil, de soin, de solidarité, d’éducation, de liberté, d’égalité, de fraternité... qui devraient être la nature, l’essence, la colonne vertébrale de notre pays.
Quand vous vous préoccuperez, aussi, de ce qui se passe dans une salle de classe lorsque les maîtresses malades ne sont pas remplacées, au collège lorsque les adultes si dévoués soient-ils à leur mission, n’y sont pas assez nombreux.
Quand vous proposerez à nos enfants la prise en considération de toutes les souffrances des humains à travers l’histoire, sans quantification, sans classification.
Quand vous nous aiderez véritablement à les construire dans le respect de l’autre sous les yeux d’une République exemplaire.
Quand vous tiendrez vos promesses de protéger tous les opprimés, toutes les femmes opprimées, tous les déshérités, tous les enfants déshérités...
Quand vous ferez véritablement preuve d’un courage révolutionnaire et visible en cessant les exactions, en ramenant vos chiens.
Quand vous serez capable de ne plus fabriquer visiblement et incessamment un pathos bien ciblé, d’héroïsme ou de pitié, c’est tout comme, pour dissimuler la déconstruction de l’humain et de l’espoir que vous vous acharnez à promouvoir.
Quand vous serez ce que vous n’êtes pas, quand vous ne serez plus ce que vous êtes.

Je cesserai d’être en deuil de mon pays idéal.
Je cesserai de ne pouvoir plus lire les journaux et de pleurer chaque jour à la découverte des nouveaux nuages.Un grand mal est toujours suivi d’un grand bien.
La citoyenneté profondément humaine, sincère, dévouée, invisible, muette pour l’instant, s’amplifie chaque jour qui passe avec son lot d’expulsés amis, de justes condamnés, ...
La réponse à votre action est dans cette résistance contre laquelle vous ne pouvez strictement rien. La pensée et le coeur sont irréductibles.
Ma fille se construit, comme bien d’autres enfants, par la grâce d’adultes conscients de leur devoir d’ "êtres au monde" parmi d’autres "êtres au monde".
Ces enfants seront des adultes, nombreux et imperturbables, des lions, auxquels il incombera de développer à une échelle jamais vue les valeurs de beauté et de bonté de la vie, pêchées dans le meilleur de chacune de leurs origines, passées au tamis du métissage, cimentées entre elles par la liberté et l’empathie réunies.
Vous ne sauriez apprendre à mon enfant ce que je choisis de lui apprendre.
Son espoir et sa force sont entre les mains de son père et de sa mère."
Claire Aymes, le 14 février 2008

Edito du numéro sur le théme de l'ETAT CRITIQUE

Ajouté le 27/03/2008 - Auteur : edith

  

 

Karcherisons la (laï) cité

 

Ne pas tout confondre ! Certes l’existence de valeurs politiques différentes permet à la démocratie de vivre ou du moins au jeu démocratique d’œuvrer. En revanche, il y a danger quand le politique bafoue ou déconstruit les fondements existentiels de notre République.

Les Ministres (du plus grand au plus ... Ah ! non ce ne sont que les ministres) du gouvernement actuel mettent à mal la loi de 1905 sur la laïcité. Ils mélangent un peu tout : les unions célébrées par les religions et la saine séparation dont est garante la laïcité. « Boudiou, chacun à sa place et les vaches sont bien gardées ! » dirait mon grand père ! Certains d’entre nous, luttons, de manières différentes, pour que la diversité existe, soit reconnue et soutenue. Nous sommes nombreux à reconnaître une certaine utilité des religions. Mais je suis persuadé qu’un grand nombre de personnes pensent que dans toutes ces castes idéologiques existe une place pour la déviance. Vous conviendrez que les exemples sont multiples en 2008 ! Sous l’égide d’une pensée, à la base collective et Humaine, nous nous retrouvons avec des fous kidnappant une bonne idée pour en faire une action déconstructive et surtout odieuse.

De plus, tous les jours avec, le rejet et la peur de l’autre, l’individualisme grandissant, la société et les média aident à amoindrir la frontière entre la religion et l’Etat.

Et puis un politique, de tout bord, a, évidemment, le droit d’être proche d’une religion mais il a, avant tout, le devoir de garder cela pour lui. Encenser un religieux en le comparant à un prof à qui il manquerait « toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance » (discours présidentiel de Latran – Rome – 20/12/2007) : n’est ce pas là des propos volontairement ciblés et dangereux pour notre République ?

C’est pour cela que nous appelons toutes les femmes et tous les hommes fiers de cette belle France Républicaine, fiers de sa diversité, fiers de Nous, à lutter, à garder cette vigilance qui permet à la bonne intelligence de garder la meilleure place dans cette course à la guerre aux conneries en tous genres.

 

Froidement votre.

Edith AURIAL

Dernier poeme de JULINE

Ajouté le 27/03/2008 - Auteur : edith
La fenêtre entrouverte me rappelle.
L'accueil reste cordial.
Tu connais  ce drame sensoriel,
Cela ne doit être que mental.
Seulement mes veines en demandent encore, i need more.
Le soleil s'est levé aujourd'hui, je ne m'en souviens plus, .il s'est caché de moi
De tous ces émois soutenus dans cette nuit.
Peut-il y avoir un échappatoire à cette future vie?
Journalière, insoumise,
Je n'ai jamais cru aux mensonges des adultes
Je tente de croire aux miens aujourd'hui, soulève moi, retiens moi,
prépares moi à ces envies.
Je crois que cette terre nous a été promise
Mes doigts s'éventent dans cette danse futile,
Les messages ne sont plus subliminaux.
Ils ont pris notre gorge, tous nos maux.
Il me semble, il me semble que je suis morte cette nuit
Au creux de nos bras ensevelis.
 
Tendresse, promesse, mes souplesses ne cherchaient qu'à détruire la laisse.
Promets, promets moi encore,
Peu importe, cela peut être passager
Mais un rien peut me soulager, tu sais.
Ne cherches pas à comprendre,
Il y aurait tant de mots à étendre
Laisse ta peau se m'éprendre
Je te sens
Mes lèvres ne se sont que trop perdues dans toutes ces trêves
N'aie pas peur, vas y, fais donc bouillir ma sève.
Je te vois parfois dans mes rêves.
Je te verrais dans mon passé.
Le sort s'y est jeté.
Alors pourvu que ça saigne.
 
Pourvu que la vie prenne sa part de merveilles.
Mon corps est fait pour la baise,
Mon âme pour l'amour.
Le temps me manque toujours.
La peur, la fuite ont dessus les mains mises.
Et mes secrets restent sans détours.
Peu importe cette nuit, je t'ai été promise.
Et que l'aube aujourd'hui annonce la fin du jour, il n'y a que toi.
Que toi sur mes lèvres pelviennes.
Que toi sur mes larmes encore frêles.
Je souhaite que le silence les scellent.
Je crois que je t'ai aimé, le jour prochain en décidera.
 
Nos amours perdus s'ensevelissent à grand coup de pelles.
Mais on sent toujours leur goût sucré et le cyanure, derrière, caché.
Je ne suis ni une reine, ni une princesse, ni une fée.
Je suis comme toi, bien trop écorchée.
Et si je peux encore mentir, je peux encore rêver.
Prends le pinceau, qu'il mélange nos maux.
Je n'ai rien cru, j'ai voulu.
Prends moi encore.
Que tout s'évapore dans l'étreinte.
Je veux tout, sauf des remords.

JULINE – février

Guy Debord, mémoire d'un CRITIQUE

Ajouté le 12/03/2008 - Auteur : jbtaris
Guy Debord , l’irrécupérable stratège de la subversion



La publication, en près de deux mille pages, des Œuvres de Guy Debord (1931-1994) fournit l’occasion d’aller au-delà de la légende situationniste, et de saisir la prodigieuse cohérence d’une pensée qui, parce qu’elle n’a jamais renié sa dimension révolutionnaire, nous offre les meilleures clés pour comprendre notre temps.

Situation paradoxale que celle de Guy Debord, dans le panorama intellectuel français ; d’un côté, tout le monde le cite, fait référence à lui, jusqu’aux agents même du spectacle dont il aura été toute sa vie l’adversaire ; d’un autre côté, on ne peut qu’être frappé de l’étrange discrétion de la presse devant la parution en volume de l’ensemble de ses œuvres. Un tel livre, pourtant, qui rassemble, outre ses ouvrages déjà publiés, tout un précieux recueil de lettres, de directives, d’interventions, d’articles parus en revues, de notes inédites, est d’évidence un événement : permettant, tout à la fois, d’éclairer le cheminement de cette pensée, année par année, et d’en saisir l’impressionnante cohérence. Mais tout se passe comme si Debord, désormais, se devait d’être ramené à quelques clichés, à quelques formules stéréotypées et affadies sur la « société du spectacle » ; et cela, au détriment du parti pris indéfectiblement révolutionnaire de celui qui n’aura eu d’autre objectif, dans ses textes comme dans sa vie, que de nuire à l’ordre établi – ou, du moins, de ne rien lui concéder.

Au début des années 1950, Debord est au centre d’un petit groupe de jeunes gens qui s’évertuent, dans la lignée de certaines avant-gardes du début du siècle, à soutenir que l’art est mort en tant qu’entité « séparée », que la poésie doit désormais passer dans la vie. Dada, pensent-ils, a voulu supprimer l’art sans le réaliser ; le surréalisme a voulu réaliser l’art sans le supprimer : c’est précisément cet antagonisme qu’il s’agit de dépasser. Chaque vie doit être inventée, et non subie ; la ville (en l’occurrence Paris) est le territoire même des « dérives », des aventures (d’où le scandale fomenté, par exemple, contre Le Corbusier, coupable selon eux de soutenir une conception de l’urbanisme visant à « détruire la rue »). L’objectif est de « créer des situations » – ce qui implique un dédain affirmé envers tout l’art existant, et plus généralement envers toute culture « aliénée », coupée de l’expérience directe. Tout au plus peut-on prendre acte de la « décomposition » de cette culture, et imaginer (après Lautréamont) les techniques permettant de la « détourner »...

Dans une deuxième période (correspondant, en gros, au passage de l’Internationale lettriste à l’Internationale situationniste), Debord va très nettement élargir le champ d’action – c’est-à-dire le politiser. La contestation de la culture débouche logiquement sur celle de la société. La rencontre avec Marx était inévitable – encore qu’il s’agisse, en ce cas, d’un marxisme hétérodoxe, aux antipodes du communisme officiel (pour Debord et ses amis, c’est la « contre-révolution » qui a triomphé, au XXe siècle, lorsque l’Etat totalitaire s’est substitué en Russie au pouvoir des soviets, ou lorsque les soulèvements libertaires de la guerre civile espagnole ont été écrasés par la bureaucratie stalinienne).

Debord, surtout, perçoit ceci : la logique de la « marchandise », dont Marx avait analysé le lien au système de production, s’étend désormais à tous les aspects de la vie quotidienne ; la part de « loisir » dégagée par l’évolution technique, loin de susciter des libertés supplémentaires, débouche sur l’expansion du spectacle, propulsant des besoins factices sans cesse renouvelés, soumettant nos vies à des représentations manipulées et falsifiées, qui deviennent notre rapport au monde. C’est l’époque, pour Debord, de nouvelles complicités internationales, d’alliances tactiques scandées par des « manifestes » (le groupe ne cesse de se recomposer), et aussi d’une intense élaboration théorique – ce qui débouchera, en 1967, sur ce livre décisif qu’est La Société du spectacle, implacable ensemble de thèses impeccablement martelées.

« Le spectacle, écrit Debord, n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images » ; la « société du spectacle » n’est pas seulement l’hégémonie du modèle médiatique ou publicitaire, mais, au-delà, le « règne autocratique de l’autonomie marchande ayant accédé à un statut de souveraineté irresponsable, et l’ensemble des nouvelles techniques de gouvernement qui accompagnent ce règne ». On connaît la suite : la propagation souterraine de ces thèses, leur ramification dans le milieu étudiant, de Strasbourg à Nanterre, et pour finir l’explosion de Mai 68, dont l’esprit situationniste apparaît comme le foyer secret, brûlant, irradiant, peut-être moins par son influence directe (notamment, à la Sorbonne, sur le Comité pour le maintien des occupations) que par son inspiration diffuse. C’est lui qui vibre alors dans les slogans, les affiches, les inscriptions qui envahissent les rues.

La suite est plus sombre. Debord se rend compte, assez vite, que ce qu’il a propulsé risque, par extension, de sombrer dans le lieu commun, c’est-à-dire d’être dilué dans une « contestation » banalisée, conformiste. D’où la dissolution de son « Internationale » (qui n’a jamais, au mieux, compté qu’une quinzaine de membres), le repli, les exils volontaires (notamment en Italie, occasion de démontrer la vraie nature du « compromis historique » sollicité par les communistes, et d’indiquer, avec une imparable lucidité, la manipulation et l’infiltration des Brigades rouges par le pouvoir d’Etat).

Rencontre, ensuite, avec un mécène, Gérard Lebovici, dont les éditions publieront les auteurs de prédilection de Debord (de Gracián à Orwell), et qui consacrera une salle à la diffusion exclusive de ses films (car toute cette aventure aura été ponctuée par une singulière activité cinématographique, visant à détruire le spectacle de l’intérieur, avec ses propres armes retournées). Lebovici, un jour, sera assassiné, dans des circonstances mal élucidées. Debord, lui, de plus en plus irréductible, de plus en plus isolé dans sa radicalité, à l’heure où la plupart des soixante-huitards se rallient à l’ordre libéral établi, consacrera ses derniers efforts à riposter aux images (le plus souvent calomnieuses) qui sont données de lui, et de ses œuvres.

S’engageant dans une écriture à la fois classique, subversive, souveraine, condensée, désabusée, n’hésitant plus désormais (ce qui culmine dans le prodigieux Panégyrique) à évoquer sa propre expérience, à la première personne – non par narcissisme (car le narcissisme est aussi l’un des ingrédients du spectaculaire), mais plutôt pour suggérer que la résistance au monde intégralement marchandisé revient aussi à affirmer, envers et contre tout, qu’une autre façon de vivre est possible que celle qui nous est imposée.

Le livre majeur de cette ultime période, c’est sans doute les Commentaires sur la société du spectacle, de 1988, où Debord étend et approfondit ses analyses de 1967, en nous livrant le diagnostic le plus pénétrant qui soit sur le monde contemporain, et les principales clés permettant de le comprendre. Un an avant la chute du mur de Berlin, il pressent que l’opposition entre la forme « concentrée » du spectacle (les régimes communistes) et sa forme « diffuse » (le capitalisme occidental) est sur le point d’être surmontée, fondue dans un « spectaculaire intégré » régnant désormais planétairement sans partage. Ses traits caractéristiques ? Le « renouvellement technologique incessant » (par exemple, la marchandise informatique imposée, transformant tout utilisateur en client assujetti) ; la « fusion économico-étatique » (l’absorption de l’Etat dans le marché) ; le « secret généralisé » (les vraies décisions sont inaccessibles, le modèle mafieux triomphe dans l’instance politique) ; le « faux sans réplique » (pour la première fois, les maîtres du monde sont aussi ceux de ses représentations) ; le « présent perpétuel » (abolition de toute conscience historique).

Cela crée un univers de servitude volontaire sans précédent (la véritable nouveauté du spectacle, selon Debord, c’est « d’avoir pu élever une génération pliée à ses lois ») : « Qui regarde toujours, pour savoir la suite, n’agira jamais, et tel doit bien être le spectateur. » L’heure, d’évidence, n’est plus aux grandes utopies collectives, le spectacle a tout envahi, tout absorbé, y compris les critiques partielles, localisées, de son système, qui n’en visent que les effets périphériques – il n’en est pas moins possible de refuser radicalement ce système. Ce qui, au demeurant, chez Debord, n’exclut pas une certaine tonalité de nostalgie : la régression est telle, désormais, qu’il peut être révolutionnaire de regretter certains aspects révolus du passé – ceux, justement, que le spectacle a anéanti...

Au total, donc, un volume passionnant, où l’on peut suivre le parcours de Debord dans toutes ses étapes – dont aucune n’est le reniement des précédentes. A noter : la fulgurance de certains textes ici publiés, jusqu’alors inédits, ou introuvables. Par exemple, cette « Adresse aux révolutionnaires d’Algérie », de 1965, à l’époque où le putsch de Houari Boumedienne évinça M. Ahmed Ben Bella ; ou cet étonnant article de 1967 sur la révolution culturelle chinoise, analysée dans toutes ses contradictions ; ou encore, plus près de nous, ces « Notes inédites sur la question des immigrés » (décembre 1985) – où Debord pose la question dérangeante entre toutes de savoir à quoi, exactement, les immigrés sont sommés de « s’intégrer », au moment où le spectacle est en passe de complètement américaniser ce qui reste de la France...

Autant d’analyses précises, clairvoyantes, anticipatrices, ne cédant à aucun lieu commun (aux antipodes, notamment, des stéréotypes et des aveuglements de la gauche conformiste). Il ne s’agit pas seulement, ici, de remarquer que Debord n’a jamais manifesté la moindre complaisance envers le « camp socialiste », ou les dictatures du tiers-monde ; ou encore faut-il se demander pourquoi, chez lui, c’est la recherche du point de vue le plus révolutionnaire qui génère, sur tous ces sujets, le maximum d’intelligence et de lucidité.

A noter aussi l’extraordinaire intérêt de ses textes cinématographiques. Car même s’il s’agissait, pour lui, de détruire ce code de l’intérieur (en brisant toute fascination spectatrice, en dissociant systématiquement l’image et le son, en affirmant le primat de la pensée sur le « visuel », le plus souvent ramené à des images documentaires ou à des plans détournés), il n’en reste pas moins que les films de Debord (et par-dessus tout ce chef-d’œuvre qu’est In girum imus nocte et consumimur igni) représentent une tentative inouïe de projeter du côté de la conscience (historique et subjective) un art en principe voué à l’évacuer. D’où des films qui tiennent à la fois de l’essai, de la confession, de la méditation, de la compréhension du monde à travers ses images, et qui ne peuvent se comparer à rien d’autre – sinon, peut-être, aux ultimes réalisations de Jean-Luc Godard (et l’on se prend du reste à regretter qu’aucun dialogue entre ces deux géants, qui se détestaient cordialement, n’ait jamais pu s’établir).

Il est permis, certes, de ne pas adhérer aveuglément à tout ce qu’a écrit ou soutenu Debord. De trouver excessive et injuste, par exemple, sa répudiation quasi systématique de tout l’art et de toute la littérature de son temps – alors qu’il est clair désormais que c’est précisément toute l’effervescence créatrice du XXe siècle que le spectacle tend à détruire, ou à rendre « illisible ». Ou encore : il n’est pas interdit de trouver quelque peu suspecte la tendance de Debord à opérer, dans les groupes dont il s’est entouré, des suites régulières de ruptures, d’exclusions, d’épurations, visant parfois ceux qui lui étaient les plus proches, réduisant d’autant la portée collective (donc politique) de ses positions. Mais peut-être tout cela, au fond, n’était-il que la rançon obligée de son intransigeance, de son exigence quasi absolue de radicalité – lui qui savait que tout groupe subversif doit s’attendre à être, tour à tour, « égaré, provoqué, infiltré, manipulé, usurpé, retourné ».

C’est cette radicalité, en somme, qui permet à la pensée de Debord d’être la seule, aujourd’hui, à pouvoir rendre compte de façon critique de tous les aspects de la marchandisation du monde, et de la « fausse conscience » qu’elle a pu propager. En définitive, c’est même en cela que Debord demeure, malgré tous les effets de mode destinés à rendre sa pensée inoffensive, profondément irrécupérable. « Il est assez notoire, écrivait-il, que je n’ai nulle part fait de concessions aux idées dominantes de mon époque. » Telle est, en effet, la grande leçon qu’il nous lègue – et qu’il faut savoir, comme lui, faire passer dans nos vies.

Merci à Guy Scarpetta
1 commentaire - Voir | Rédiger